17

 

Il y avait dans l’entrée un tapis aux couleurs chatoyantes. Sweeney, qui n’avait jamais vu un aussi beau kilim, se fût volontiers arrêtée pour le contempler, mais Richard lui désigna l’intérieur de la maison d’un geste, l’invitant à le précéder. Elle s’exécuta, gênée. Le maître de maison affichait un visage de marbre, comme s’il ne tenait pas à la recevoir, et qu’il s’y contraignait par courtoisie. Sweeney eut le sentiment d’être une intruse.

Elle avait eu cette impression lors de sa première visite en ces lieux, trois ans plus tôt. Ce soir-là, la jeune artiste avait dû faire preuve d’un minimum d’hypocrisie sociale – quoique brièvement. Elle ne se sentait guère plus détendue aujourd’hui. Le luxe la rendait nerveuse. Dans son enfance, c’était toujours elle qui cassait les objets de valeur, ce qui lui avait valu le surnom de miss Catastrophe. Sa mère répétait à qui voulait l’entendre qu’elle l’aurait volontiers mise en cage, tant la pauvre petite accumulait les gaffes. Cependant, parce que Mrs Saville s’excusait un peu trop de la maladresse de sa fille, celle-ci avait cru, terrorisée, qu’on allait l’enfermer pour de bon derrière des barreaux.

Sweeney avait surmonté cette peur, mais elle avait conservé une certaine propension à la maladresse. Elle traversa le vestibule en mettant une distance prudente entre sa personne et des lampes en verre coloré, qui avaient des airs d’objets rares, même sous la lumière tamisée.

Elle entra dans le living, Richard sur ses talons. Il n’avait pas décroché un mot. La jeune femme avait la vague sensation que son compagnon l’escortait, telle une visiteuse importune. Elle songea qu’elle n’aurait pas dû se trouver là. Non seulement elle ne se sentait pas à sa place dans cet hôtel, mais le moment était mal choisi. Elle se reprocha d’avoir trop présumé de cette relation, qui datait d’une semaine, et qui restait mai définie.

Malgré son embarras, Sweeney ne manqua pas de noter les changements dans la pièce. Candra s’était complu dans les tons neutres. À présent, meubles, murs et planchers s’avéraient plus gais, plus colorés.

Elle resta debout au milieu du salon, dansant d’un pied sur l’autre.

— Assieds-toi, lui dit Richard.

— Je ne tiens pas à rester, dit-elle sans en penser un mot. Je ne devrais pas être là en de telles circonstances. Je force la porte de ton…

— Assieds-toi, répéta Richard sur un ton fâché.

Sweeney choisit un grand fauteuil en cuir et se percha sur le bord du siège. Il y avait une statuette non loin du fauteuil. Elle posa ses mains sur ses genoux pour se garder de tout geste intempestif.

La gêne qu’elle éprouvait tout à coup en présence de Richard la déstabilisait. Elle s’était toujours sentie à son aise avec lui. Aussi bien chez elle qu’en territoire neutre. Pour la première fois depuis leur rencontre, elle prit conscience du fossé – énorme – qui les séparait sur le plan financier. Richard avait toujours été d’une grande simplicité avec elle, et elle se reprocha de se laisser impressionner par le décor.

— Je ne sais pas à quoi tu penses, mais je n’aime pas ton expression, déclara-t-il avec une ironie désabusée.

Planté devant le fauteuil de Sweeney, il la couvait d’un regard indéchiffrable.

— Je pense que je ne suis pas à ma place ici, déclara-t-elle.

C’était la pure vérité, que son hôte l’appréciât ou non.

Richard haussa les épaules.

— Moi non plus, avoua-t-il.

Sweeney le considéra, surprise.

— Tu as pourtant acheté cet hôtel !

— Je suis un homme de la campagne, au fond. Cette maison est l’endroit où je vis, rien de plus.

Elle ne parvenait pas à détacher les yeux de son compagnon. Les iris de Richard devenaient noirs, dans la faible clarté des lampes. L’homme ne cessait pas lui-même de la regarder. Sweeney en ressentait une vive excitation, qu’elle s’efforçait de réprimer. Ce désir lui apparaissait pour le moins déplacé.

— J’ai passé la journée au poste de police, lui expliqua-t-il. Je m’inquiétais terriblement à ton sujet, mais il n’était pas question de t’appeler.

— Je comprends, dit Sweeney, très vite. Je me doutais que tu ne téléphonerais pas. J’ai trouvé une solution de fortune : je me suis plongée dans un bain brûlant. J’ai mariné dedans jusqu’à ce que j’arrête de grelotter.

— Je préférerais te réchauffer moi-même, quand tu grelottes.

Ces mots restèrent suspendus, brûlants, entre les deux amants. Sweeney s’en émut et comprit, tout à coup, que Richard ne la regardait pas comme une indésirable, mais tel un homme qui entend assouvir ses instincts sur-le-champ.

Elle se retrouva debout, sans savoir comment. L’émotion, le désir la dominaient. Cette simple déclaration de la part de Richard avait suffi à la bouleverser. Ses mamelons durcirent de façon presque douloureuse. Elle se sentit prête à l’accueillir en elle.

Elle éprouvait une vive attirance pour Richard. Elle adorait ses baisers délicieusement frustrants, le contact troublant de sa peau nue, ce bonheur paradoxal : se sentir à la fois en danger et en sécurité dans ses bras. Autant elle brûlait d’envie de faire l’amour avec lui, autant elle appréciait la retenue de son amant. Elle éprouvait une grande difficulté à s’engager, or Richard exigeait d’elle le plus primitif, le plus fort des engagements. Sweeney s’était repue de fantasmes à ce sujet, mais le passage à l’acte revêtait encore à ses yeux quelque chose d’effrayant.

— Je crois que je devrais y aller, bafouilla-t-elle, se retournant pour sortir de la pièce.

Les mains de Richard se refermèrent sur sa taille et l’immobilisèrent avant qu’elle puisse esquisser un geste.

— Moi, je pense que tu devrais rester.

Il la maintint fermement contre lui. Son érection se fit pressante contre le ventre de Sweeney.

— Tu n’as pas envie de moi ? murmura-t-il.

Il se pencha vers son amie. Il embrassa sa tempe, puis le petit creux, sensible, sous son oreille.

Sweeney se mit à haleter. Envie de lui ?! Elle n’avait jamais désiré un homme avec une telle fougue ! Mais ses émois n’étaient pas seulement physiques. Elle l’aimait aussi, et cela la déstabilisait. Dans son enfance, elle avait chéri ses parents, et attendu – en vain – de l’amour en retour. Aussi la jeune femme s’était-elle forgé une carapace, ne s’autorisant plus à être la proie d’un sentiment fort.

Tant pis pour la prudence, songea-t-elle farouchement. Elle l’aimait déjà. Et puis elle voulait de nouveau connaître ce plaisir que Richard lui avait par deux fois procuré.

Mais saurait-elle lui accorder ce qu’il lui demandait ? La panique, l’excitation la gagnaient. La jeune artiste se pendit au cou de Richard. Elle se hissa sur la pointe des pieds et serra entre ses cuisses le sexe en érection de son compagnon. Lequel répondit aussitôt à cette avance.

Ses bras se refermèrent sur Sweeney, sa langue envahit la bouche de la jeune femme, avide. Il laissait tout à coup libre cours à ses instincts, lui donnant la sensation d’être dévorée. Un vide en elle brûlait d’être comblé.

Richard baissa la veste de Sweeney sur ses bras, laissa le vêtement tomber sur le sol. Il passa ses mains sous sa chemise, les referma sur ses seins, Sweeney gémit au contact de ces doigts chauds sur ses mamelons. Son corps se cambra vers lui.

— Richard ! l’implora-t-elle.

Il tira la chemise de Sweeney par-dessus sa tête, fébrile. La seconde d’après, son invitée était couchée sur l’immense canapé. Dix secondes plus tard, elle était nue. Richard lui avait enlevé ses chaussures, ses chaussettes, et arraché son jean et son slip. Ses mains se posèrent sur les cuisses de Sweeney, les écartèrent.

Comme dans un état second, elle le vit s’agenouiller entre ses jambes, un genou sur le sofa, un pied sur le sol. D’un geste, Richard défit les boutons de son pantalon. Sweeney avait le sentiment que son corps entier vibrait d’impatience. Que son sang devenait lourd, bouillant, qu’il se rassemblait dans ses reins. Son compagnon se pencha sur elle, leurs regards se croisèrent. Elle avait les yeux grands ouverts. Son amant, lui, ressemblait à un fauve au-dessus de sa proie. Il la dévisagea quand il la pénétra, profondément.

La douleur surprit Sweeney, qui ressentit une brûlure, telle une vierge. Elle poussa un cri, se raidit. Richard grommela un juron indistinct. Il revint plus lentement en elle. Sweeney n’avait souffert qu’une seconde, réaction spontanée à une invasion inhabituelle. Le deuxième mouvement de Richard lui arracha un nouveau cri, de plaisir cette fois.

— Seigneur, s’exclama-t-il d’une voix rauque.

Il s’immobilisa, comme si une estocade de plus risquait de l’entraîner trop loin, de l’inciter à poursuivre jusqu’à ce qu’il jouisse.

Sweeney resserra ses jambes autour de la taille de Richard, inclina son pubis, réclamant d’être prise. Elle se trouvait dans un état d’excitation extrême. Elle se cambra vers lui, planta ses ongles dans son torse.

— Mais vas-y, protesta-t-elle. Vas-y !

Richard attrapa les poignets de Sweeney, les plaqua sur les coussins du canapé. Il se coucha sur elle, le visage luisant de sueur et, dans les profondeurs noires de ses yeux, Sweeney vit son désir l’emporter sur sa volonté.

Il lui fit l’amour avec passion, l’amenant à jouir presque aussitôt. Richard continua à aller et venir en elle tandis qu’elle criait de plaisir. Puis il tressaillit violemment.

Dans le silence qui suivit, Sweeney entendit sa propre respiration, rapide, irrégulière. Son cœur battait à se rompre dans sa poitrine, tandis que son corps lui paraissait immatériel. Richard était couché sur elle, l’écrasant sur les coussins. Sweeney serait volontiers restée des heures ainsi, supportant le poids de son amant. Ces sensations étaient bien plus intenses qu’elle n’aurait pu l’imaginer.

Richard leva la tête. Ses cheveux châtains étaient humides de sueur. Il avait un air satisfait, triomphant, possessif.

— Ç’a été ?

Sweeney déglutit.

— À toi de me le dire. Je n’ai pas une grande expérience de la chose.

Un petit sourire éclaira la figure de Richard.

— Je te trouve parfaite !

Il se redressa légèrement pour prendre appui sur ses coudes. Il prit le visage de Sweeney entre ses mains, l’embrassa lentement, singeant avec sa langue les mouvements de son sexe, qui restait ferme en elle. La jeune femme frémit sous son amant : l’état d’extrême sensibilité où il l’avait amenée rendait ce léger frottement presque insupportable.

Richard en avait conscience. Il se retira avec une telle douceur que Sweeney en aurait pleuré. Il s’agenouilla, remit un semblant d’ordre dans sa tenue. Puis il se leva et la prit dans ses bras. Elle se blottit contre lui, offrande nue, tandis que Richard la portait dans les escaliers.

— J’espère que tu peux passer la nuit ici, murmura-t-il, parce que je suis loin d’en avoir fini avec toi.

— Non… Le lit de Candra…

— Elle n’a jamais dormi dans ce lit, la rassura-t-il. Ni dans cette pièce. J’ai fait rénover et redécorer toute la maison.

Richard ouvrit deux doubles-portes d’un coup d’épaule et traversa une grande pièce, Sweeney toujours dans ses bras. Les tapis qui recouvraient le sol avaient l’éclat de pierres précieuses et le lit était assez grand pour accueillir six personnes. Richard remit Sweeney debout, tira les couvertures, découvrit le lit.

Elle avait de la peine à tenir sur ses jambes.

— Il faudrait que je me lave, dit-elle.

Sweeney avait rarement eu une conscience aussi vive de sa nudité.

Richard se raidit.

— Quel idiot ! souffla-t-il. Je n’ai pas mis de préservatif !

Ils se regardèrent. Sweeney fit un rapide calcul.

— Je crois que ça devrait aller. Mes dernières règles remontent à trois semaines environ.

Tout en se reprochant sa folie, elle regretta presque de ne pas être à une période plus féconde de son cycle.

Richard prit une boîte dans le tiroir de sa table de nuit et en sortit un condom.

— Allons prendre une douche, dit-il. La salle de bains est par là.

Dans le même temps, il la fit pivoter dans l’axe d’une porte à claire-voie.

Il désirait l’accompagner sous la douche. Et sans doute avait-il une autre idée en tête, songea Sweeney, le cœur battant. Comme ils entraient dans la salle de bains, elle constata que Richard s’était dévêtu en chemin.

La pièce était immense – plus grande que sa chambre à elle ! Il y avait un bain à remous, encastré dans le sol en marbre rose. D’épaisses serviettes s’empilaient au bord.

Elle nota également les deux miroirs en verre fumé sur l’un des murs, et les deux lavabos dotés de robinets dorés, qui lui rappelèrent des cous de cygne.

En vis-à-vis se trouvait la douche – pourvue d’un éclairage tamisé.

— Quelle décadence ! s’exclama-t-elle.

Une grande main se referma sur son derrière.

— Ravi que tu apprécies.

Sweeney ouvrit la porte de la douche et jeta un coup d’œil à l’intérieur.

— C’est immense !

La main de Richard se fit plus pressante, incitant la jeune femme à entrer dans la cabine. Elle se retourna et le découvrit entièrement nu. Elle retint sa respiration. Certes, elle avait imaginé Richard en tenue d’Adam, mais la réalité, comme souvent, dépassait la fiction. Le milliardaire avait un corps d’athlète. Par sa maturité, son physique et le vif intérêt qu’il lui portait, il incarnait l’homme parfait. Sweeney tendit impulsivement la main pour la refermer sur ce sexe dressé, et s’émerveilla du gémissement de plaisir qu’elle arracha ainsi à son compagnon.

— Attention ! Si tu continues, tu risques de ne pas prendre cette douche tout de suite ! la prévint-il.

— C’est important ?

— J’essaie de me montrer romantique.

Sweeney haussa les sourcils, amusée.

— Romantique ?

— Je ne pense qu’à cela depuis une semaine. J’ai imaginé tout ce que j’allais te faire.

Sweeney caressait le torse de Richard, tout en serrant son pénis dans sa main.

— Quels projets romantiques avais-tu en tête ? s’enquit-elle, haletante.

— En vérité, il n’y en a qu’un.

— Ah oui ? Lequel ?

— Te baiser jusqu’à ce que tu demandes grâce, déclara-t-il, prosaïque.

Sweeney pouffa de rire. Richard retira la main de la jeune femme de son pénis. Il profita de son hilarité pour la pousser complètement dans la douche et ouvrir l’eau.

Il orienta le jet de façon à éclabousser la taille et les reins de Sweeney, mais à ne pas mouiller ses cheveux. À l’évidence, il avait l’habitude de ce type de jeu érotique, songea-t-elle avec une pointe de jalousie. Il la savonna, enfila prestement un préservatif et la pénétra. Ce fut rapide, bestial. Richard la plaqua contre le mur de marbre et la martela de ses coups de reins. Sweeney ne tarda pas à jouir, et dut ensuite s’appuyer contre lui tant ses jambes flageolaient. Mais il n’en avait pas encore fini avec elle, car lui n’avait pas joui. Sweeney comprit qu’elle devait s’attendre à une nouvelle avalanche de caresses, et ne sut si elle devait s’en féliciter ou crier grâce.

Richard la porta alors dans le lit, et toute envie de le retenir s’envola aussitôt. Avec une lenteur délibérée, il parcourut son corps de baisers et lui suça les seins tant et si bien qu’elle en pleura presque de plaisir et de frustration ; ses doigts s’égarèrent entre ses jambes, remplacés ensuite par sa langue, et un nouvel orgasme la secoua, si violent qu’elle ne put retenir un cri. Il lui laissa le temps de se préparer de nouveau à l’accueillir, puis la retourna sur le ventre. Les amants se régalèrent de nouveau l’un de l’autre, avant de s’affaler sur le lit, rompus, ravis, et toujours enlacés. La jeune femme ferma les yeux. Leurs deux cœurs s’apaisèrent de concert, jusqu’à battre d’un même élan.

— Dis-moi si tu veux dormir, murmura-t-il au bout d’un moment.

— Non, je n’ai pas sommeil, souffla-t-elle.

Sweeney agrippa les fesses de Richard et l’attira en elle.

— Ne me laisse pas dormir, cette nuit, s’il te plaît.

Elle était lasse des tragédies, des scènes de meurtre, des tableaux prémonitoires. Il lui semblait qu’un pouvoir surnaturel régissait sa vie. Elle n’aspirait plus qu’à s’épuiser dans les bras de son amant, qu’à s’étourdir de plaisir.

Il la tint éveillée jusqu’à l’aube. Sweeney crut s’assoupir à plusieurs reprises durant la nuit, à moins qu’il ne se fût agi là que de cet engourdissement que procure la plénitude sexuelle. Richard lui fit l’amour sans discontinuer. Après plusieurs heures, elle crut capituler, mais s’aperçut, ravie, qu’elle ne se rassasiait jamais de lui. Cette nuit-là, le froid n’eut aucune prise sur elle.

Tous deux étaient couchés l’un à côté de l’autre quand le ciel commença à pâlir. Richard caressa la tête de Sweeney d’un geste d’une infinie tendresse.

— Parle-moi du tableau, demanda-t-il.

Cette intrusion de la réalité dans leur bonheur la hérissa, mais elle céda.

— J’ai peint le visage de la victime, déclara-t-elle. Quand j’ai vu qu’il s’agissait de ta femme, j’ai téléphoné à la galerie, mais je suis tombée sur le répondeur. Je n’avais pas le numéro personnel de Candra, alors j’ai appelé chez toi – et j’ai appris qu’il était trop tard.

— Ne te le reproche pas ! s’exclama Richard, farouche.

Il prit le menton de Sweeney dans sa main et tourna le visage de son amie vers lui.

— Les policiers pensent qu’elle a été tuée aux alentours de minuit. Quand tu as fini de peindre son visage, il était déjà trop tard.

— Je…

La gorge de la jeune femme se noua. Elle savait que Richard avait raison.

— J’étais tellement inquiet pour toi !

— Tout va bien, maintenant, Richard.

Sweeney l’embrassa sur l’épaule. Elle s’émerveillait de cette sensation de chaleur qui l’enveloppait, de ce sentiment d’être en sécurité et pleinement satisfaite. Elle eut pour Richard une bouffée d’amour immense, au point que son cœur lui sembla grossir dans sa poitrine. Elle dut faire un effort pour s’arracher à cette béatitude et reporter ses pensées sur le problème du moment.

— Je ne vais pas te mentir, dit-elle. Ç’a été assez dur, mais je me suis débrouillée toute seule.

Les yeux de Richard étincelèrent.

— Tu ne devrais pas avoir à t’en sortir seule. J’aurais dû être là !

— Tu ne pouvais pas venir. Tu devais t’occuper de Candra, déclara Sweeney, la gorge serrée. Tu as dû accuser le coup…

Richard émit un grondement sourd, lâcha Sweeney et roula sur le dos.

— Je ne souffre pas, Sweeney. Et je ne vais pas feindre la douleur auprès de mes amis. Libre à eux de me juger sans cœur.

Sweeney s’efforça d’apaiser du mieux qu’elle put la colère de son amant en lui caressant la joue.

— Tu as raison. Ce ne serait pas honnête.

Richard tourna la tête vers elle.

— Tu as peint le visage de l’assassin ? demanda-t-il.

— Pas encore, non.

Sweeney s’efforçait à la désinvolture, mais son regard trahissait la terreur que lui inspirait ce tableau. Richard devina que la crise de la veille avait été la pire à ce jour.

Ce fut à son tour de la rassurer.

— Je voulais t’appeler, souffla-t-il. J’ai passé la journée au poste de police, à répondre à leurs questions.

— Je sais, dit Sweeney. Je me doutais que tu avais des dispositions à prendre.

— Sans parler du fait que j’étais le suspect numéro un.

Elle sursauta.

— Quoi ?

— J’étais leur meilleure piste. Quand une femme se fait assassiner, c’est en général le mari ou l’amant le coupable. Il leur fallait s’assurer de mon innocence.

— Et ils t’ont disculpé ?

— Oui, je suis hors de cause, affirma Richard avec un sourire triste. Je n’avais pas de mobile, et puis j’ai pu prouver que j’étais ici.

— Comment ?

— Je travaillais sur Internet au moment du crime. Mon serveur leur a indiqué les heures précises.

Sweeney ferma les yeux, soulagée. Elle reposa sa joue sur la poitrine de Richard.

— Il faut que j’y aille, murmura-t-elle. Je sais que tu as des milliers de choses à faire aujourd’hui. Et le tableau ? Je devrais peut-être le montrer à la police ?

— Non, déclara-t-il, catégorique. Promets-moi de ne pas faire cela.

— Pourquoi ? s’enquit-elle, surprise.

— Tu penses vraiment qu’ils croiront que tu l’as peint dans un état second ? Tu deviendrais leur principal suspect, chérie, du moins pendant un temps. Je tiens à t’épargner cela. De plus, si les flics s’attachent à ton cas, ils perdront un temps précieux, au lieu de se mettre à la recherche du tueur. Quand tu auras fini ton tableau et que nous connaîtrons l’identité de ce salaud, je veillerai à orienter l’enquête dans la bonne direction.

Richard passa son pouce sous le menton de Sweeney.

— Promets-moi.

— D’accord, capitula-t-elle, avec un sourire incertain. On navigue en pleine folie.

— Pas plus que dans un épisode de La Quatrième Dimension !

— C’est si terrible que cela, alors ?

— Oui. Quand tu sauras qui est le tueur, j’agirai. Mais autrement, je ne veux pas que tu sois mêlée à cela.

Dehors, dans sa voiture, l’inspecteur Aquino s’étira, luttant contre le sommeil. Il lui fallait soulager sa vessie et il avait envie d’une tasse de café. Le policier se préparait une dure journée. Il eût été plus sage qu’il passe la nuit dans son lit. Le fait que Richard Worth entretînt des relations amoureuses avec une femme n’avait rien de suspect.

Cependant, Joseph Aquino tenait à connaître l’identité, l’adresse et la profession de la jeune femme. L’officier de police s’interrogeait. Pourquoi l’amie de Richard Worth était-elle arrivée à pied, et à l’improviste ? Pourquoi était-elle restée jusqu’au matin ?

Il se pouvait que l’inspecteur Aquino se laisse emporter par son imagination. Cela dit, ses pressentiments se révélaient souvent exacts. Et il n’allait pas renoncer maintenant, après être resté en planque toute la nuit dans sa voiture.

Les couleurs du crime
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